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Lunel : des pères de famille unis face à Daech

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Jeudi, Laurent Amar – père de Raphael, décédé en Syrie – et Stéphane Sarrade – père d’Hugo, victime du Bataclan – faisaient face à des lycéens de Lunel.

Si je suis à genoux prostré chez moi, Daech a gagné. » Pas question pour Stéphane Sarrade. Alors le père d’Hugo, décédé au Bataclan le 13 novembre 2015, est là, dans cet amphithéâtre du lycée Louis-Feuillade de Lunel (Hérault). Avec lui, Laurent Amar, le père de Raphael, 23 ans lui aussi, parti vivre dans l’État islamique et mort le 17 octobre 2014 lors d’un bombardement en Syrie. « Deux drames, deux histoires, deux témoignages, une espérance », les présente – appuyant sur la force du symbole – le proviseur Vincent Lepoint devant ses élèves.

« Raphael était élève dans ce lycée », leur apprend d’entrée, d’une voix tentant de dissimuler son émotion, Laurent Amar. Pas à genoux, lui non plus, mais de la douleur dans chaque mot. Il détaille la conversion de son fils à l’Islam, puis ses changements d’attitude, le dialogue qu’ils ont malgré tout maintenu, puis ce départ, sans prévenir, en Syrie et ces trois mois « où notre monde s’écroule », passés à tenter de le convaincre à distance de rentrer ! Il lit, aussi, une lettre de son Raphael, lui disant son amour… Ses mots restent suspendus dans le silence d’un amphi à l’air sirupeux, brusquement au bord des larmes. Puis Laurent Sarrade aussi raconte son étudiant de fils, le dernier texto.

« Est-ce que vous avez une rancune envers la communauté musulmane ? »

C’est pour donner un sens à ces morts terribles qu’ils sont venus – pour la première fois – en parler ensemble. Le choix de Lunel – ville marquée par de nombreux départs aux jihad – étant également particulièrement symbolique.

Et ces pères sont là en simples pères. Devant ces lycéens comme devant leurs enfants disparus. Avec des conseils de vie. Des mots d’espoir. « Vous êtes les citoyens qui allaient bâtir la société de demain », répètent-ils sans cesse, face aux 400 jeunes qui défilent durant trois heures. Les regards sont sidérés. Le silence juste entrecoupé d’applaudissements et de questions.

« Est-ce que vous avez une rancune envers la communauté musulmane ? », interroge un garçon. Réponse négative des deux hommes, qui disent leur besoin de comprendre. Stéphane Sarrade glisse aussi une anecdote vécue à la crèche de son fils de 3 ans : « Une dame s’est mise à pleurer en me demandant pardon parce qu’elle était musulmane ! Je lui ai dit “Ne vous excusez pas !”. Les gens qui font ça cherchent à opposer. Si on arrive à ça, ils ont gagné et moi je ne le veux pas ! »

Les phrases sont parfois lourdes, chargées de colère, mais les deux pères défendent surtout avec énergie leurs valeurs de laïcité, de liberté d’expression, de respect, de dialogue. « On n’est pas venu pour vous convertir, mais pour vous faire réfléchir ! » Ce qui laisse ce lycéen admiratif : « Vous êtes des personnes incroyables ! »Et tous deux, inlassablement, en douceur, conseillent, préviennent contre les manipulateurs et recruteurs dogmatiques de toute sorte : « Vous êtes les premières cibles parce que vous êtes jeunes, vous n’avez pas assez d’esprit critique. » Et de différencier, avec l’aide des professeurs présents, croyance religieuse personnelle et volonté politique manipulant la religion. « On n’est pas à l’abri », alertent-ils aussi, eux qui n’auraient jamais cru se retrouver là un jour.

Défendre ses valeurs

« Comment pensez-vous que nous, jeunes citoyens, on doit se battre contre ces idéologies ? », interroge un autre élève. Le père d’Hugo lui répond par la légende du colibri, qui tente d’éteindre un feu avec quelques gouttes et dont on se moque, mais qui, lui, même si cela ne sert peut-être à rien, fait sa part… l’invitant à dire haut et fort ses valeurs et à les défendre pour contrer « les messages funestes ».

Les deux hommes répondent avec de l’amour pudiquement glissé dans les voix, dans chaque message, qu’il soit prévenant ou d’espoir. « Ce qui est arrivé à Raphael aurait pu arriver à Hugo, à n’importe qui », glisse Stéphane Sarrade. Et ces deux pères refusent tout simplement que d’autres pères et mères pleurent un jour comme eux.

 

Midi Libre

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